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conte de Noël

FOIRE DE NOEL A NICE EN 1922
FRANCE

Un soir de réveillon à Nice (5)

par JMS 25 décembre 2019

Un soir de réveillon à Nice (5) est la fin d’un conte de Noël qui raconte le désespoir amoureux d’une jeune couturière.

Il était près de minuit. Je calculai que la nuit était assez entamée pour que je n’aie point à la regretter.

Musique du soir pour le réveillon

Je pensai à commander du Champagne. A ce moment, deux musiciens, qui étaient entrés depuis quelques instants, attaquèrent le grand air de Martha. J’avais remarqué le violoniste : un bellâtre au masque romantique, qui soupirait en frottant son archet sur le bâton de collophane. Anna lui tournait le dos.

Mais lorsqu’elle entendit les premières notes de la mélodie, elle pâlit et je la sentis trembler.

— C’est lui, murmura-t-elle. Je reconnais « mon air ».

Elle ne bougea plus.

L’avait-il vue ?

La tête penchée, il paraissait pleurer avec son violon, et des femmes à une table voisine écoutaient avec un trouble étonné cette confession sentimentale qui n’était plus Martha.

Amour d’un soir de réveillon ?

Lorsqu’il eut fini, Anna se leva brusquement.

— J’ai quelque chose à lui dire, me lança-t-elle. Son visage s’était de nouveau contracté. Elle marcha droit vers lui. Il ne broncha pas.

Elle l’interpella en italien. Il répondit d’une voix veloutée. Il s’excusait, expliquait je ne sais quelle histoire pleurnicharde. Cela dura plusieurs longues

minutes. A son tour elle parla. Sa voix à elle aussi s’était attendrie. Il s’agissait de moi certainement car, à plusieurs reprises, il me regarda.

J’étais gêné. Je demandai une liqueur.

Alors ils vinrent tous les deux.

— Angelo m’aime toujours, me dit-elle. Il voudrait vous remercier.

Joignant les mains, secouant la tête de droite à gauche, essuyant une larme, se frappant le cœur, mêlant l’italien obséquieux et le français des flatteurs, Angelo me suppliait de garder Anna.

— Ze l’aime. Ze l’aime trop. Mais zé souis qu’une pauvre artiste. Zé loui ai dit, Monsieur est certainement d’une bonne famille. Il te protégera. Moi ze n’ai que mon violon. Dites-loui, Monsieur, qu’elle m’oublie. Ça me déchire le cœur… Elle est si bella…

Seul depuis un soir de réveillon à Nice

Ils sont partis tous les deux. Angelo voulait m’embrasser. J’ai serré un peu plus longtemps que je n’aurais dû la petite main d’Anna. Elle a eu un sourire triste…

Depuis, je me suis attardé bien des fois dans le Vieux Nice. J’ai bu du vin noir épais dans les bars où fréquentent les Italiens. J’ai écouté la plainte des accordéons. J’ai interrogé les filles qui me répondaient en secouant la tête…

J’ai cherché, vainement cherché : je n’ai jamais revu Anna. »

Ainsi se conclut le dernier épisode Un soir de réveillon à Nice (5), conte de Noël de Pierre Rocher publié en 1935.

Vous pouvez retrouver le début du conte en cliquant ICI.

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Nuit du Réveillon de Noël à Nice
FRANCE

Un soir de réveillon à Nice (4)

par JMS 24 décembre 2019

Un soir de réveillon à Nice (4) est la suite d’un conte de Noël qui raconte le désespoir amoureux d’une jeune couturière.

 » Alors, elle me raconta ce qu’elle appelait sa chienne de vie.

Une couturière amoureuse

Elle s’appelait Anna. Elle habitait dans le Vieux Nice une de ces rues qui pourrissent au soleil avec des odeurs d’égout, de lessive, d’étal de tripier. Il y a quelques milliers de filles comme elle, au corps doré, moulé, de statuette florentine qui montent chaque soir les escaliers gluants d’un taudis. Son père, un maçon piémontais, était mort à l’hôpital. La mère était plongeuse dans un restaurant.

Anna était couturière. Un matin, elle avait rencontré sur le palier un violoniste napolitain dont l’archet, dans les cours des immeubles de Cimiez, faisait pleurer les bonnes.

Il se nommait Angelo. La deuxième fois qu’il vit Anna, il se mit à genoux, se frappa la poitrine et jura sur la Madone qu’il se tuerait pour elle. Il avait des yeux langoureux, une voix de ténor au fond de laquelle il y avait toujours un sanglot. Le soir il s’enfermait dans sa chambre et jouait des sérénades passionnées pour Anna qui glissa dans ses bras.

Alors, le violoniste commença de l’attendre tous les samedis à la sortie de l’atelier. Elle lui donnait sa paye. Il partait en sifflant. Anna passait près de lui des nuits tourmentées. Parfois, Angelo se levait, jurait qu’il avait offensé la Madone et chassait Anna en la traitant de « serpent venimeux » ou de « fille perdue ».

Elle pleurait sans se plaindre, le suppliait d’être indulgent, car elle l’aimait.

Trahie

Mais depuis une semaine, la porte d’Angelo restait close. « Il a dû avoir des ennuis avec la police », avait répondu le patron du bar où l’Italien fréquentait des gens louches.

Or, Anna avait appris qu’Angelo s’était mis en ménage avec une figurante de cinéma qui gagnait, dans un film russe, 120 francs par jour. Elle les avait rencontrés tous les deux à la Foire, enlacés, devant une loterie aux pigeons.

C’est pourquoi elle avait voulu se noyer.

Elle répéta :

— Je le hais. J’en prendrai un autre et il le saura.

Elle mordait alors dans une tarte aux pommes et parlait de l’amour avec une bouche sucrée. « 

Pierre Rocher en 1935.

Un soir de réveillon à Nice (4) a une fin que vous pouvez découvrir en cliquant ICI.

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Un réveillon à Nice (1)
FRANCE

Un soir de réveillon à Nice (1)

par JMS 19 décembre 2019

Un soir de réveillon à Nice (1) est un conte de Noël qui raconte le désespoir amoureux d’une jeune couturière.

 » — Qu’allez-vous faire ? 

D’un mouvement brusque de l’épaule, la femme voulut se dégager. Je l’avais saisie au bras, un peu au-dessus du coude, au moment où elle allait entrer dans l’eau. Je tenais bon.

Elle se retourna. Je la sentis trembler.

— Laissez-moi !

Je répétai, en l’attirant vers moi.

— Qu’allez-vous faire ?

Elle était jeune. Vingt-cinq ans au plus. Le type des filles de ce pays. Un visage à l’ovale pur, des yeux ardents, un teint mat, des lèvres humides découvrant des dents brillantes de jeune bête. Sa taille fuyait sous un manteau d’ouvrière endimanchée. Elle était nu-tête. Le vent lui collait sur les tempes des mèches de cheveux noir jais.

Ses mâchoires se serrèrent.

— Je veux me noyer.

La mer, qui mouillait le bout de nos chaussures, nous cracha un peu d’écume au visage.

L’inconnue fit un geste pour s’essuyer les joues.

— Vous voyez, lui dis-je, l’eau est froide et désagréable ce soir. C’est un mauvais jour pour lui demander un service.

Nous étions seuls sur la grève. Derrière nous, le quai des Etats-Unis dessinait une courbe lumineuse. Quelques voitures passaient. Le feu rouge du phare, à l’entrée du port, tournait ainsi qu’un manège.

La femme se taisait, la tête penchée. Je ne voyais que sa nuque. Pourtant, elle n’essayait plus de fuir.

Je ne savais quoi lui dire. Il me semblait qu’il fallait trouver un mot qu’elle pût comprendre, découvrir un signe, oser une pression de la main, risquer une intonation de la voix qui lui fît faire un pas, le pas qui la sauverait.

— C’est demain Noël, murmurai-je. « 

Pierre Rocher en 1935.

Un soir de réveillon à Nice (1) a une suite que vous pouvez connaître en cliquant ICI.

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...Catherine Ségurane est une héroïne niçoise qui s'illustra lors du siège de Nice en 1543...

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