Le cuisinier de Villeneuve-Loubet est un article qui rend hommage à l’un des plus grands maîtres de la cuisine française.
» Auguste Escoffier, le « roi des cuisiniers » et « cuisinier des rois », est mort à Monaco.
Nous sommes loin des recettes culinaires de Rabelais. L’art de manger est devenu une sorte d’alchimie, avec ses règles, ses traditions, maintenues par quelques paladins qui propagent aux quatre coins du monde la gloire de la gastronomie française…
Parmi ceux-ci, Auguste Escoffier fut le maître incontesté.
Dans sa calme retraite de Monaco — il était d’ailleurs né tout près, à Villeneuve-Loubet — Escoffier vient de mourir, à l’âge de quatre-vingt-neuf ans.
Et avec lui disparaît le dernier représentant de cette fameuse « école de Monte-Carlo » d où sont sortis, depuis cinquante ans, les meilleurs chefs de cuisine du monde.
Escoffier jouait sur les quais du port de Nice, alors que la Côte-d’Azur était, en somme, une petite colonie anglaise, où l’on arrivait plutôt en voiture à chevaux qu’en chemin de fer.
Déjà, Escoffier avait le goût de la « pissaladiera », de la « socca », des aubergines bien rissolées, des « pommes d’amour » cuites à point et rutilantes…
Il n’y avait qu’à continuer. Escoffier a continué… Ses débuts furent, comme les débuts de tous les gâte-sauce, assez pénibles. On n’aime jamais les innovateurs, dans les cuisines. Mais Escoffier avait de la suite dans les idées, et ses idées étaient bonnes.
Si bien que nous le voyons bientôt, après être devenu un petit « cuistot » à Monte-Carlo, créer cette école des grands chefs, puis brusquement, émigrer vers Paris, où il devint le restaurateur d’un établissement des Champs-Elysées.
Depuis, l’ascension de ce petit homme trapu, volontaire, a été vertigineuse.
On le voit successivement chef de cuisine à Metz, Londres, Buenos-Aires, Johannesburg, Montréal, Philadelphie, Rome et Madrid…
C’est à Londres, surtout, qu’Escoffier a donné à la cuisine française un prestige incomparable… C’est dans la capitale britannique qu’il a lancé les « canons » de la gastronomie internationale de notre siècle, qu’il a répandu sa revue des arts et de la table sous le titre le Carnet d’Epicure et fondé le Dîner d’Epicure et la Ligue des gourmands…, ce qui ne l’empêchait pas, tout en dirigeant les destinées du plus grand hôtel de la capitale anglaise, de publier plusieurs ouvrages de cuisine qui sont devenus des livres, non pas de chevet, mais de « coins de table » pour tous les maîtres-queue en herbes…
Escoffier, dit le Petit Parisien, était plein de malice. Il avait des réparties vives, et le commerce des grands de ce monde, tout en restant modeste.
On le voyait, avec son long nez, ses moustaches à la Lloyd George, la couronne de ses cheveux argentés, tout autour d’une calvitie rose, passer devant des fourneaux avec un mot aimable pour chacun, faire une conférence dans un théâtre, discuter de l’ordonnance d’un dîner de gala, d’où bien souvent, sont sortis, grâce à son talent, d’avantageux accords internationaux…
Voilà pourquoi, d’ailleurs, la rosette qu’on lui décerna — il était officier de la Légion d’honneur depuis 1928 — avait récompensé en lui un des plus authentiques ambassadeurs du goût et de la tradition française. »
Le cuisinier de Villeneuve-Loubet est un texte cuisiné à partir du journal « La Charente » du 15 février 1935.
Le musée Escoffier de l’Art culinaire peut être visité à Villeneuve-Loubet.