Le croûton du bonheur à Antibes est une histoire qui raconte la vie simple des pêcheurs de cette ville.
» Antibes, avec ses venelles étroites, ses maisons pressées qui s’accroupissent au pied des tours dites Grimaldi. a un aspect craintif et peureux.
Peu de villes eurent un plus tragique destin. Elle fut assiégée, bombardée, pillée, incendiée, mutilée par tous les conquérants qui se rendaient de France en Italie. Le sang ruissela dans ses rues. Les clameurs d’effroi y retentirent.
Fortifiée jadis par les Romains, Vauban fit construire les remparts que nous admirons encore du côté de la mer, mais qu’une municipalité dénuée de goût a fait sauter en grande partie.
Maintenant, les maisons délabrées et lépreuses ne font plus pleuvoir l’huile bouillante et le plomb fondu.
Elles abritent une population piémontaise qui est venue chercher en France du travail et du pain. Les enfants enguenillés jouent sur les rochers, dans le coin dit du « Safrenier », ou bien dorment au soleil, sur les remparts.
La population est paisible.
Presque tous ies hommes sont pêcheurs. Ils pêchent du rivage, en halant une longue corde, ils s’embarquent de temps en temps, quand la mer est immobile. .
Aussi, le poisson est-il rare à Antibes. Ces gens heureux préfèrent un croûton frotté d’ail, grignoté au soleil, digéré paisiblement en une sieste prolongée, au bien-être qu’un travail énergique et régulier leur procurerait sans doute.
Ils raccommodent leurs filets, insouciants, une chanson aux lèvres, satisfaits de leur beau ciel et de la douceur de leur climat. »
Le croûton du bonheur à Antibes est un texte pêché dans le « Journal des voyages et des aventures de terre et de mer » du 11 mars 1906.