La Dame blanche du Cros-de-Cagnes est une histoire qui raconte une pêche surnaturelle.
» Un soir d’été, Jean Fornari et quelques autres s’étaient attardés sur la plage du Cros-de-Cagnes pour pêcher.
Le temps passait, passait toujours, et rien de pris, rien pas même un fretillon.
Las enfin et découragés, les voisins de Fornari se retirèrent pour aller noyer dans le sommeil leur humeur mécontente.
Quant à lui, soit excès d’opiniâtreté , soit simplement qu’il n’eut point envie de dormir, il persista.
Resté seul, assis sur les galets, il regardait la surface calme des flots, d’où quelquefois il retirait la ligne afin de renouveler l’amorce.
Soudain, un nuage plus sombre que les précédents s’arrêtant sur la face de la lune, éteignit au loin son reflet sur les eaux et ses lueurs sur la terre.
Entouré de ténèbres, Fornari frissonna sans savoir pourquoi, et, au même instant, l’horloge du clocher de Cagnes ayant sonné une heure, il ne put se défendre d’une impression de terreur.
Une bouffée de vent courut dans les arbres, et le pêcheur tournant brusquement la tête, aperçoit, à la lueur d’un rayon qui se dégage de l’ombre, une grande figure blanche sur laquelle la clarté blafarde tombe d’aplomb.
Il la voit debout à deux pas derrière lui, debout et blanche des pieds à la tête, blanche du visage et des mains, blanche comme une statue de marbre.
Sa canne à pêche lui échappe, il se signe et veut fuir.
Mais la dame blanche de la voix la plus douce:
— Pauvre Jean dit-elle, ils ne mordent donc pas ?
Celui-ci restait immobile.
La dame reprit:
— Ramasse la ligne, et jette l’hameçon.
Et l’horloge répéta une heure.
A demi-mort de frayeur, Fornari parvint pourtant à obéir : et à peine le fil de l’hameçon , tournant deux fois sur sa tête avec un sifflement léger, a-t-il frappé l’eau, et disparu sous ses rides, qu’une force peu commune fait plier la canne aux mains du pêcheur et tend le fil métallique à le rompre.
Le malheureux s’imagine qu’un malin esprit veut l’entraîner dans la mer pour l’y noyer.
Il va lâcher prise, lorsque, à la lumière de la lune, il voit luire sous l’eau le ventre blanc et les flancs argentés d’un loup monstrueux qui se défeng vigoiureusement.
Enfin, sa proie épuisée se laisse amener et échoue dans le sable.
Aussitôt la saisissant à deux mains, il la lance le plus loin possible sur les galets, de crainte qu’elle ne lui échappe dans un dernier effort convulsif.
Ce mouvement l’obligeait à se retourner…
La dame blanche avait disparu. »
La Dame blanche du Cros-de-Cagnes est un texte extrait d’un feuilleton intitulé « Les pêcheurs du Cros-de-Cagnes », publé dans le journal « Affiches de Strasbourg » du 6 janvier 1849.