Napoléon à Cannes est une histoire qui rappelle que l’empereur s’est arrêté à Cannes pendant son vol de l’Aigle vers Paris.
« A Cannes, le bivouac de Napoléon fut établi sur le terrain où est située la maison de M. Charles Arimondy, au nord de la petite chapelle de Notre-Dame.
Les troupes formèrent un cercle, dont l’empereur occupa le centre avec son état-major, rangé autour d’un grand feu qui fut allumé à cause de la fraîcheur de la nuit.
Le grand homme resta debout pendant que ses généraux dormaient enveloppés dans leurs manteaux.
Les enfants de Cannes
Il se promenait grave et silencieux, enveloppé dans sa redingote grise, les mains derrière le dos, songeant sans doute à la gravité de ses prochaines entreprises, lorsqu’il entendit un certain murmure dans les rangs : c’était les grognards qui se voyaient assaillis par les enfants du pays, par ces armées turbulentes de gamins qui se glissent partout, même entre les jambes des chevaux, quand il s’agit d’une curiosité à satisfaire.
On se fâchait déjà, lorsque l’Empereur, parodiant les paroles du Christ, dit à ses soldats : « Laissez venir les enfants vers moi »
Aussitôt cette légion de bambins se précipita autour de Napoléon au cri de : Vive l’Empereur!
Celui-ci, se tournant alors vers Drouot, que ce tumulte avait éveillé en sursaut et qui portait déjà la main à la garde de son épée : « Ne vous effrayez pas, Drouot, ce ne sont point des ennemis ; ce sont, au contraire, des auxiliaires d’un bon augure : nous pouvons compter au moins sur la jeune France. »
L’arrivée d’un personnage qu’on introduisit dans le cercle mit fin à cette petite scène.
L’inconnu de Cannes
L’Empereur congédia amicalement les enfants, qui se retirèrent en faisant retentir une dernière fois le cri de : Vive l’Empereur !
Le nouveau visiteur était un homme d’une cinquantaine d’années, à l’extérieur fort distingué ; il aborda l’Empereur d’un air très respectueux, chapeau bas, et l’on put entendre très-distinctement Napoléon le saluer du titre de prince.
Un débat assez vif s’engagea entre les deux personnages.
Le prince se défendait de son mieux et ne paraissait pas du tout de l’avis de l’Empereur, qui insistait beaucoup.
Enfin, après une courte discussion, Napoléon le congédia par ces seules paroles : « C’est bien, monsieur, vous pouvez continuer votre route. »
On sut le lendemain que le visiteur était le prince de Monaco, qui se trouvait en passage à Cannes, se rendant dans ses États, et que l’Empereur l’avait fait mander auprès de lui pour l’entrainer à le suivre.
Le lendemain, à quatre heures du matin, le camp fut levé et la petite armée se mit en route vers Grasse, au son de la musique guerrière, l’Empereur en tête, monté sur un cheval blanc. »
Napoléon à Cannes est un texte découvert dans le livre » Cannes et ses environs » de J.B. Girard, édité en 1859.