Les pêcheurs du Cros-de-Cagnes

par JMS
Les pêcheurs du Cros-de-Cagnes

Les pêcheurs du Cros-de-Cagnes est une histoire qui raconte le quotidien de cette profession dans ce village de la Côte d’Azur.

 » Il y a deux lieues d’Antibes au Cros de-Cagnes, terme de mon voyage.

Le Cros, ou pour mieux dire le Creux-de-Cagnes, n’est qu’un établissement de pécheurs et de marchands des salaisons.

Une douzaine d’habitations, grandes ou petites, y compris la caserne des préposés de la douane et une redoute abandonnée, composent ce hameau marin.

Bâti sur la grève, à quelques pas des flots, qui dans les tempêtes viennent laver ses murailles, et enfoncé au-dessous du village pittoresque de Cagnes qui le domine, il doit son nom à sa position.

Rien n’anime un site comme la présence de l’homme : aussi le Cros-de-Cagnes est il un séjour plein de vie.

L’affluence de monde sur cette plage augmentant ou diminuant en proportion de la pêche, il y a foule à de certaines époques, mais jamais solitude.

Quand le poisson abonde, quand le travail se multiplie, les paysans de Cagnes et des environs descendent au rivage, louent leurs bras au patron génois qui exploite la baie, car ici des étrangers sont chefs, et le travailleur français n’est qu’en sous-ordre.

Et c’est alors un bien gai spectacle.

A peine les bateaux ont ils abordé, que de bruyantes exclamations, d’étranges dialogues, des questions sans réponses, des réponses qui n’ont pas eu de questions, éclatent dans toutes les bouches, se croisent, se choquent,se brisent comme des flots qui écument.

Puis un seul cri domine, un cri formé de vingt voix, et proféré en cadence. — Ho! hisse, ho! hisse ! et les barques montent à terre sur des rouleaux.

Ici on démaille (c’est dégager le poisson d’entre les filets), là on étend les filets sur la grève, plus loin c’est un pauvre préposé des douanes qui tend les mains qu’on lui remplit de fretins sans prendre sa monnaie.

Ailleurs, c’est le marchand saleur, le cigarre à la bouche, les poings dans les poches. regardant flegmatiquement la scène, et attendant qu’on vide dans ses magasins les paniers d’anchois ou de sardines, car ce poisson n’est livré qu’à lui à un prix réglé d’avance avec les chefs de barque, et qui est le même toute l’année.

De brunes jeunes filles, leurs corbeilles sur la tête, se disputent, à peine sortis des filets , le loup, le rouget, la sole, la dorade, qu’elles s’en vont revendre dans les pays voisins à on prix souvent élevé. »

Les pêcheurs du Cros-de-Cagnes est un texte issu d’un feuilleton intitulé « Les pêcheurs du Cros-de-Cagnes », publié dans le journal « Affiches de Strasbourg » du 6 janvier 1849.

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