Maison à louer à Menton est un récit qui raconte l’arrivée des premiers touristes dans cette ville de la Côte d’Azur.
» En novembre 1855, une calèche de la poste de Nice, attelée de quatre chevaux aux harnais pailletés de clous d’argent, à l’aigrette de plumes de faisan crânement piquée à l’oreille, faisait son entrée, grelots sonnants, fouet claquant, dans la petite bourgade de Menton.
Les rares habitants de ce pays, alors fort ignoré, s’étaient mis sur le pas de leurs portes pour voir passer cet équipage, spectacle quotidien dont ils ne pouvaient se lasser, mais qui s’enfuyait à leurs yeux comme un météore, car les malles-postes ne faisaient que traverser Menton au triple galop de leur attelage, afin de gagner au plus vite Taggia, le prochain relais sur la route de Gênes.
Aussi, quel ne fut pas l’étonnement de ces braves gens en voyant, ce jour-là, la voiture s’arrêter devant l’unique et misérable auberge de la localité !
Le postillon n’était pas moins stupéfait; c’était la première fois qu’on lui donnait pareil ordre ; mais il dut obéir à son voyageur, un Anglais, qui mit pied à terre et commanda tout simplement à dîner.
Comme on pense, il fit maigre chère, mais il s’en contenta.
La chambre et le lit furent à l’avenant, car le voyageur, par une fantaisie de plus en plus inexplicable, avait voulu rester à coucher.
Le postillon était ébahi, mais où sa surprise fut à son comble, c’est lorsque son Anglais le renvoya, le lendemain, à Nice, en déclarant qu’il resterait à Menton, où il comptait passer la mauvaise saison, c’est-à-dire de novembre à février.
Pour commencer, Mylord s’informa d’une maison à louer.
Une maison à louer ? Que pouvait bien dire cela ?… De tout temps, les gens de Menton vivaient chacun chez soi. Tous, proprietaires sans locataires! Pas de bail ! Pas de loyer! Pas de déménagements ! On naissait où l’on devait mourir, et l’on mourait où l’on avait vécu…
Et voilà que l’on pouvait, paraissait-il, habiter chez les autres, en payant ? C‘était drôle, vraiment !
Cependant la maison se trouva fort chère de suite; car lorsqu’on a mis un homme sur la piste d’un filon productif, il est rare qu’il se contente de la gangue première.
L’année suivante, il y eut vingt Anglais, et il se trouva vingt maisons, hors de prix.
Depuis, le tourisme tient une jolie part dans l’économie des Mentonnais. »
Maison à louer à Menton est un texte déniche dans le « Journal des voyages et des aventures de terre et de mer » du 6 janvier 1895.