Crime du Milieu à Menton

par JMS
Crime du Milieu à Menton

Crime du Milieu à Menton est un histoire qui relative un règlement de compte entre individus vivant de trafics illicites, de la prostitution, du vol…

 » Jeannot ne rétablira plus l’ordre dans la maison spéciale qu’il tenait à Sospel.

Il ne jouera pas de son influence dans les élections municipales prochaines.

Jeannot a été assassiné samedi, à minuit, et si personne n’a encore été arrêté, l’assassin présumé est connu.

Curieuse physionomie que celle de Jeannot, connu de l’état-civil sous le nom de Jean Alfozzio.

Physionomie modelée sur l’étrange milieu dans lequel il évoluait, car Jeannot, ancien manager de boxeurs, était devenu manager d’hommes politiques. Il recrutait les vivants et, comme tous ses collègues de la Côte, faisait voter les morts.

Une telle situation ne va pas sans s’accompagner de quelques risques.

Dans la nuit de samedi, Jeannot se trouvait dans un bar de l’avenue de Verdun, à Menton.

Lorsqu’il en sortit, deux coups de feu claquèrent et Jeannot s’écroula, atteint à la poitrine.

Les premières constatations montrèrent que deux cartouches de chevrotines avaient été vraisemblablement tirées d’un buisson de jardin ou de la fontaine Albert 1er.

Il ne faut pas s’attendre à recueillir des témoignages sur une affaire de ce genre. Ce n’est pas lorsqu’on a vu tomber un homme que l’on a envie d’être bavard.

Cependant, la police a pu mener rondement les choses.

On sait que « Jeannot » avait autour de lui un véritable état-major. Or, un nommé Stefanini, propriétaire du « Saint-Michel’s Bar », à Nice, lui avait enlevé une partie de ses adjoints, ce qui fit entrer « Jeannot » dans une colère terrible.

Va-t-on laisser faire ce Niçois, répétait-il à ses amis, qui vient à Menton nous enlever le pain de la bouche ?

Stefanini se défendait de son mieux, maniant tout aussi bien l’injure que la menace.
Un beau jour, Jeannot fit une descente dans le bar où se trouvait Stefanini, le blessa, ainsi qu’un de ses seconds, nommé Disperati.

Ce sont des souvenirs qui restent. Joseph Gasiglia, ancien candidat au conseil d’arrondissement qui trouvait de bons moyens d’existence par le travail de son amie Marie Cassoulet, tenta de réconcilier les deux rivaux, opération dont il escomptait une sérieuse commission.

Rendez-vous fut pris pour un déjeuner à l’hôtel de Naples. Jeannot fit du tapage, cassa quelques assiettes et fendit l’arcade sourcilière de Stefanini.

Quelques jours après, Stefanini arrivait, le front bandé, à Sospel, et l’on se réconcilia.

Réconciliation plus apparente. semble-t-il, que réelle.

Etait-ce donc Stefanini l’assassin de Jeannot ? La police eut tôt fait de le retrouver. Il déclara que, justement, samedi dernier, il avait enterré sa belle-mère à Cannes et n’était rentré à Menton que vers onze heures du soir.

Mais, tandis que l’on se livrait aux vérifications die cet alibi, on apprenait que Joseph Gasiglia avait disparu.

La police procéda ce matin à une rapide perquisition au domicile de Joseph, 3, place du Casque.

Les enquêteurs y trouvèrent un fusil démonté, fraîchement nettoyé, sentant encore la poudre.

Sur une table, on trouva du linge prêt à être mis dans une valise et une mallette renfermant un attirail de cambrioleur.

A-t-il été prévenu ? On ne sait. Toujours est-il que Joseph Gasiglia n’a pas reparu depuis la dernière fois qu’on le vit, samedi, vers minuit, dans un bar.

La. police le recherche activement et paraît avoir de fortes raisons de voir en Joseph Gasiglia l’assassin de Jeannot. »

Crime du Milieu à Menton est un texte tiré du journal « La Liberté » du 30 avril 1935.

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