Poudre de riz et hasard à Monte-Carlo est une histoire qui raconte ce qui se passe à l’intérieur du Casino.
Monte-Carlo ! Tout le monde descend du train, ou à peu près.
Ici tout annonce la gaîté et le plaisir. La morale exige de constater la différence des physionomies au retour.
En attendant, on grimpe lestement les escaliers vers l’entrée du Casino, dont les portes à deux battants abritent, derrière leurs glaces, des huissiers en livrée bleue et or.
On entre.
A gauche, le bureau du commissaire des jeux, qui vous délivre votre admission.
Au fond, la porte, où vous avez à exhiber votre carte pour la première fois, et qui donne accès sur le grand vestibule, superbement dallé, où l’on vient, pendant l’entr’acte, fumer un cigare et faire la causette.
Laissons cannes et chapeaux au vestiaire et entrons dans le grand salon des Jeux, à la porte duquel il faut de nouveau affirmer son identité en montrant son laisser-passer.
L’huissier vous fait encore un beau salut, et vous ouvre lui-même la porte du sanctuaire.
Nous y voilà.
Une odeur chaude de poudre-de-riz vous prend à la gorge, et une lumière éclatante vous éblouit dès l’abord.
Puis petit à petit le sentiment revient, et vous pouvez observer à loisir.
Dans la première grande salle, deux tables de roulette, garnies de rangs épais de joueurs et de curieux ; dans la seconde salle, deux autres tables de roulette; dans la troisième deux tables de trente-et-quarante.
Autour de ces tables à tapis vert qui ont amené dans ce palais tant de personnages de toutes provenances, se tient aussi la foule des pontes ou joueurs.
Derrière ceux-là et debout se tient une autre rangée de monde, moitié joueurs et moitié curieux.
Au centre de la table de roulette et se faisant face, deux croupiers, avec des piles d’écus et de louis alignés sous leurs mains.
A chaque bout de table, perpendiculairement, un autre croupier pour placer les mises.
Rien de va plus ! L’intérêt se concentre. Les louis et les écus couvrent le tapis sur toutes les coutures et dans tous les coins.
La bille est tombée : le numéro est sorti.
En une seconde le tapis est déblayé de sa nappe d’or : les râteaux des croupiers fonctionnent sans erreur, avec une rapidité incroyable.
Les heureux sont payés grassement, tandis que, sans murmurer, les malheureux ont de nouveau allongé leur mise sur les numéros que le hasard leur indique et que le hasard, à Monaco, n’a pas de bonnes raisons pour faire sortir. «
Poudre de riz et hasard est un texte tiré du journal « Paris-touriste » du 6 janvier 1884.