Les pêcheurs de Menton est une histoire qui rappelle une pêche traditionnelle pratiquée depuis le rivage.
» De la véranda de l’hôtel Balmoral, tout en sirotant le café au lait et en absorbant les croissants du petit déjeuner, nous assistons à un spectacle amusant au possible et presque épique : la relève des filets par les pêcheurs de Menton.
Le cadre depuis le Cap Martin jusqu’à Bordighera est admirable et la scène réjouissante à regarder.
Ce n’est assurément pas à cela que pensent à cette heure les pêcheurs des deux sexes qui sont assemblés sur le rivage pour retirer leurs filets.
Du reste, pensent-ils seulement à quelque chose, ces pêcheurs aux membres robustes et noueux, au teint olivâtre, aux haillons portés avec une aisance qui confine à la noblesse et que nous voyons là, le jarret tendu, tirer sur le filet immergé la veille et qui lentement s’avance sous l’impulsion cadencée et silencieuse de dix, puis de vingt, puis de trente associés, car il en vient de partout, des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes.
Ils encombrent la promenade du Midi tout entière, la monopolisent dans toute sa largeur, sans se soucier de nous autres qui les regardons et qui, pour ces Ligures, sommes des étrangers, des gens du Septentrion, des Barbares !
Après une demi-heure de patients efforts, voici le filet.
Bravo !
Nous nous pâmons d’aise à la perspective de voir frétiller les poissons aux nageoires d’argent.
Holà !
Il faut en rabattre. Rien ou presque rien.
Quelques poissons à partager entre tous ces gagne-petit qui paraissent prendre la chose avec infiniment plus de philosophie, eux, les intéressés, que nous, les spectateurs.
Et ce fut ainsi hier, ce sera de même demain et les jours suivants, à Menton.
La baie a été si outrageusement drainée qu’on n’en ramène plus que du menu fretin.
On a tué la poule aux œufs d’or ! «
Les pêcheurs de Menton est un texte repêché dans la « Revue mensuelle du Touring-club de France » du 15 mars 1904.