Rauba Capeu à Nice est un poème dédié au promontoire situé entre les Ponchettes et le port, où le vent malin enlève les chapeaux.
Il est â Nice un promontoire
Qu’on appelle Rauba Capeu.
Suivant le provençal grimoire,
Ce nom veut dire que bien peu,
Lorsque le mistral trouble-fête
Fait rage sur la terre et l’eau,
Affrontent ici la tempête
Sans y laisser toque ou chapeau
Parmi les passes de la vie,
Il est bien des Rauba Capeu,
Où la maie chance et l’envie
Font perdre à plus d’un son enjeu.
D’un naïf amant la tendresse
Espère un éternel amour ;
Un beau jour sa folle maîtresse,
Rauba Capeu ! fuit sans retour.
Un autre, par le mariage,
Obtient, après un beau sermon,
Une ingénue au doux visage,
Rauba Capeu ! c’est un démon.
Un candidat, fin politique,
Flatte réacs et novateurs ;
Mais en dépit de sa tactique,
Rauba Capeu ! plus d’électeurs.
Un fort banquier prête au khédive
Ses écus à gros intérêts ;
Mais l’Egypte est à la dérive,
Rauba Capeu ! Gare aux protêts !
Ainsi passe la vie entière
Entre l’espoir et le regret,
Richesse, honneurs, douce chimère,
Au moindre vent tout disparait.
Rauba Capeu est une poésie enlevée du livre « Fleurs exotiques », publié en 1880.