Tristesse des Russes à Cannes (2)

par JMS
Tristesse des Russes à Cannes (2)

Tristesse des Russes à Cannes (2) est un récit qui raconte la fin d’une époque marquée par le grand-duc Michel.

 » Kazbeck…!

Kazbeck, c’était aussi autre chose encore.

Lourde maison rose, compliquée, énorme, inhabitable sans une trentaine de domestiques, avec des salons de réception pareils à ceux d’un palais royal, « Kazbeck » fut habité avant la guerre par le grand duc Michel de Russie et son épouse morganatique la comtesse Torby.

Le grand duc Michel était l’oncle du dernier tsar, cette comtesse Torby qu’il avait épousé, et que la cour de Saint-Pétersbourg n’avait jamais voulu reconnaître était la fille du duc de Nassau, et petite-fille du poète Pouchkine.

C’était, au début du siècle, une très jolie femme qui régnait par sa grâce et par sa bonté sur l’extraordinaire et brillante société de Cannes.

A cette époque, le prince de Galles qui n’était pas encore Edouard VII, prenait part aux régates, et le « train blanc » ancêtre du train bleu amenait de Saint-Pétersbourg, une partie de la plus haute aristocratie russe.

« Kazbeck » était le centre d’attraction, le Versailles cosmopolite de cette cour internationale. Edouard VII, le roi de Suède, les princes de la maison de Nassau, les princes de Danemark y furent reçus. On organisa en leur honneur des soupers aux flambeaux.

Des équipages fringants menés par des piqueurs bottés haut, attendaient devant la porte, écoutant les bouffées de musique tzigane qui leur arrivaient par moments.

Et le lendemain; plus jolie et plus élégante que jamais, la comtesse Torby, dans son landau rouge à coussins blasonnés, attelé à la Daumont, passait sur la Croisette, saluée respectueusement comme une reine…

Après…

Puis ce fut la guerre.

Des panneaux de bois bouchèrent les hautes fenêtres de « Kazbeck » et pendant que les. palaces de la villle étaient transformés en hôpitaux, ce fut le silence.

Après 1918, les grands-ducs étaient devenus des exilés presque tous ruinés.

Au cap d’Antibes, le grand-duc Nicolas, généralissime des armées impériales, attendit une mort qui tardait à venir, puis un beau soir, il partit enfin dans son cercueil porté à bras d’hommes par d’énormes Cosaques, sur la route où passaient d’indifférents autobus. »

Tristesse des Russes à Cannes (2) se poursuit avec un dernier épisode.

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