Le torpilleur de la Seyne-sur-Mer est un récit qui reprend une diatribe de Claude Chauvière contre la gestion sanitaire de la ville.
» Fut-elle Phocéenne, refuge de forçats évadés des pontons toulonnais ?
La Seyne-sur-Mer est, en tous cas, une des villes les plus sales de France.
Les rats s’y promènent en sécurité; on en voit même au seuil des caniveaux, comme bourgeois sur le pas des portes, qui regardent les gens passer.
Les cafards, obstinés et vernis, en chaîne processionnaire, montent à l’assaut des éviers et des buffets.
Mouches et moustiques grouillent ; ceux-là la nuit, celles-ci le jour.
La fourmi s’insinue lentement, mais sûrement.
Dans des rues étroites, qu’on a gratifiées du nom d’avenues, boulevards, cours, esplanades, chats et chiens s’activent autour des ordures exposées.
A l’aube, un homme guidant son cheval et précédé d’un tintement de clochette, renverse les « toupines », en ligne sur les trottoirs, dans ce qu’on appelle le « torpilleur », à cause de la forme oblongue et pointue de son récipient métallique.
L’été, la sécheresse sévit. Autour des fontaines parcimonieuses, des puits indigents, s’entrechoquent seaux et quolibets.
L’hiver, la pluie pisse et nettoie; les ruisseaux charrient cadavres, chaussures, barriques, détritus, et le déluge éventre des murs, ravine des routes.
Puis le mistral ronfle, secoue, chasse. »
Le torpilleur de la Seyne-sur-Mer est un texte trouvé dans la revue « Les Amitiés foréziennes et vellaves » du 15 mai 1932.
La romancière Claude Chauvière fut la secrétaire de Colette et sa biographe. Elle mourut à La Seyne-sur-Mer le 7 avril 1939.