Une cocotte détroussée à Levens

par JMS
Une cocotte détroussée à Levens

Une cocottte détroussée à Levens est une histoire qui raconte comment une demi-mondaine a été dévalisé en allant à Saint-Martin-Vésubie.

 » Mlle Gabrielle Elluini vient d’être victime du vol de 800.000 francs.

On se souvient que la victime de ce vol a été bien connue dans le monde galant sous le second empire et on suppose qu’elle fut la maîtresse de Napoléon III.

Mlle Elluini avait formé le projet de passer quinze jours à Saint-Martin-Vésubie ; elle chargea du soin de lui procurer un landau pour faire le trajet, un certain Auda, mari de sa blanchisseuse.

Pour éviter la chaleur, Mlle Elluini s’était décidée à voyager la nuit ; le départ fut fixé à vendredi dernier, à onze heures du soir.

Dans la journée, Mme Auda, venue pour aider Mlle Elluini dans ses préparatifs, la vit mettre, dans une petite valise en cuir noir, des titres, des bijoux et 5.000 fr. en argent Aucune autre personne n’a pu connaître ce détail, le fait est à noter.

Vers sept heures du soir, le mari de cette dame vint proposer à la voyageuse de l’accompagner à cause des dangers qu’elle pourrait courir en route. Elle accepta.

On partit à onze heures de la maison qu’habite Mlle Elluiini à Nice. Le cocher semblait assez aviné, mais on n’y prit pas garde.

Vers les trois heures du matin, à la montée de Duranus, à un kilomètre de Levens, Mlle Elluini proposa à une dame Desforges, qui l’accompagnait avec sa fille, de gravir la côte a pied.

Les femmes descendirent de voiture ; à cet endroit, la route fait un coude ; aussi, la voiture marchant devant, disparut tout à coup à la vue des voyageuses. Elles remarquèrent cependant, quelques instants après, que les chevaux s’étaient arrêtés, car elles n’entendaient plus le bruit des roues.

Mlle Elluini pressa le pas. et au moment même où elle apercevait la voiture, elle vit aux portières deux hommes de mauvaise mine, le coutelas à la main, qui prirent la fuite à sa vue.

Elle monta alors immédiatement dans la voiture et constata du premier coup d’œil que sa précieuse valise noire, contenant une partie de sa fortune, avait disparu.

Elle demanda à Auda à quelle distance on était de Levens, où elle voulait aller déposer une plainte à la gendarmerie ; mais, soit que Auda fût complice des détrousseurs de grand chemin, soit qu’il ne connût pas réellement la distance, il persuada à Mlle Elluini qu’il valait mieux retourner à Nice, ce qu’on fit sur le champ.

A huit heures du matin, tout le monde était de retour et le Parquet était immédiatement informé des circonstances étranges dans lesquels ce vol audacieux avait été accompli.

Après avoir reçu la déposition de Mlle Elluini, M. du Moiron, procureur de la République, ordonna l’arrestation immédiate d’Auda et du cocher. Après avoir subi deux interrogatoires, ces deux individus ont été maintenus en état d’arrestaton. »

Une cocotte détroussée à Levens est un texte découvert dans le journal « Le Progrès de la Marne » du 17 août 1887.

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