Mais où sont les jardins de Nice ? est un article qui regrette que la ville ne se préoccupe pas de ses squares de quartier.
» Au moment de parler des jardins de quartier, je ne peux résister à la tentation de penser à Louis Aragon, ce grand flâneur de génie des Lettres et des Arts, qui aimait tant les jardins et les mirages imaginaires qu’ils provoquaient.
Ce n’est sûrement pas devant les squares niçois, épars dans nos quartiers, que l’écrivain surréaliste aurait pu se sentir transporté.
Ils ne créent pas des mirages.
Point de gazon, point d’images. Et si les vagabonds s’y risquent la nuit à dormir, c’est bien la seule fantaisie qu’on puisse leur reconnaître.
Enfants niçois dans la rue
Généralement petits, sans grande végétation, sans ornement, ils auraient encore pu être des oasis de fraîcheur, un silence dans le concert de la rue, l’arrêt facultatif de nos randonnées.
Mais ils sont pis que cela.
Petits. Ils ne sont pas « fignolés », seulement médiocres. Sans envergure, ils ne sont que mesquins, leur verdure n’est pas que rare, elle est encore étiolée, recouverte de poussière contre laquelle elle ne peut pas lutter. Sans ornement, sa simplicité est sans goût.
Pour y aller, il faut vraiment qu’il n’y en ait pasd’autres. Les enfants n’ont à y faire. Ils sont aussi bien dans la rue ; le danger des voitures en moins.
Ces jardins, puisqu’il faut leur donner ce surnom, ne sont que des bancs tournés en carré au lieu de se suivre à la queue-leu-leu le long d’une avenue.
On a compris : la ville de Nice se néglige. elle a des ongles bien faits (mettons l’allée cavalière de la Promenade des Anglais par exemple) mais le reste du corps est sale.
Le seul fait qu’on place le mont Boron ou le Château au premier rang des jardins est significatif ; ce sont ceux auxquels on n’a le moins touché. Ils s’en ressentent.
Quant au parc Chambrun, aux Baumettes, à l’Olivetto, ce sont déjà des parcs-statues où musées, qui attirent au jardin des faveurs supplémentaires qui ne sont pas du reste extraordinaires.
Loin de là : l’Olivetto, par exemple, vaut surtout pour ses arbres. Le reste va au petit bonheur des papiers gras.
Peu d’oasis dans la ville
Le jardin Albert 1er est la seule véritable exception : la proximité des Palaces et la poudre aux yeux pour les touristes en sont les raisons évidentes. C’est le petit coquet, le choyé, il y a aussi le Théâtre de Verdure, qui attire du monde, alors, dès qu’il y a commerce, on fait un effort.
Mais les Niçois, eux, ne peuvent toujours brosser leurs jardins, s’ils en ont envie. Le maire ne s’en soucie pas. il oublie peut-ête que c’est à eux qui vivent à Nice et que les enfants ne vont pas jouer à la roulette ou au baccara. Ils ont besoins des jardins.
Aussi, les gens qui ne peuvent aller passer l’après-midi au Château, ou à Albert 1er, se passent de jardin pour leurs enfants.
Nice est donc une cité sans jardins. Nice est une vieille coquette qui abuse de poudre, mais n’use pas le savon.
Et pour parodier Villon en une phrase : Mais où sont les jardins de Nice ? «
Mais où sont les jardins de Nice ? est un texte déplanté du journal « Le Patriote de Nice et du Sud-Est » du 27 mars 1954.