Le cocu de Nice est une histoire qui raconte d’une manière amusante un adultère et ses conséquences.
» M. Gustave Esmiol, propriétaire d’un bar à Nice, était l’époux, d’une charmante brunette.
La charmante rencontra un beau brigadier du 94ème R.I.M., nommé Henri Marion ; elle se laissa enlever.
L’ époux délaissé courut après la volage et n’eut qu’un demi-succès.
Il rencontra le ravisseur et lui dit : « Venez donc prendre un verre »…
Cet imbécile-là suivit M. Gustave Esmiol jusqu’à son bar…
Une fois là, le civil le terrassa et le rossa consciencieusement le militaire et le contraignit à avouer qu’il était l’amant de sa femme.
Après quoi, il lui rasa complètement la tête et le tint enfermé jusqu’au lendemain.
Le brigadier Marion regagna alors le quartier et n’eût bien sûr aucune raison de se vanter auprès de ses camarades de ce qui lui était arrivé ; encore moins d’aller se plaindre à la justice…
Or, lorsqu’il eut réintégré le quarter, ses supérieurs voulurent savoir pourquoi il avait découché. Un adjudant particulièrement observateur lui demanda : « Et depuis quand portez-vous les cheveux ras ? ».
Pressé de question, le brigadier Marion finit par avouer…
Alors, l’autorité militaire porta plainte contre le bistro Esmiol, qui fut arrêté et va être poursuivi pour violences et séquestration.
Car, ayant fait prisonnier à la suite d’une habile manœuvre stratégiqu, un brigadier de l’armée française, il a, par surcroît, commis un abus de pouvoir en empiétant sur le domaine réservé à la tondeuse militaire.
On sait que l’armée française, est une tendre mère pour les heureux jeunes gens qu’elle lient sous sa tutelle. Mais, elle ne permet point qu’un civil touche à un cheveu d’un de ses brigadiers, même si le brigadier cocufia le civil.
Ainsi, le bistro Esmiol est en prison.
Les maris de Nice connaissent maintenant l’exacte étendue de leurs droits, et l’immunité du soldat au regard du cocu.
Et la prochaine fois, la charmante brunette sera obligée de prendre son partenaire dans le civil, ce qui permettra à son mari, sans crainte d’une intervention de l’autorité militaire, d’exercer sur le braconnier de légitimes représailles. »
Le cocu de Nice est un texte déniché dans le journal « L’Œuvre » du 10 mai 1932.