Lettre à Catherine Ségurane (2) est une étude où l’auteur cherche à démontrer que l’héroïne niçoise n’a jamais existé.
» De cette bien réelle Jeanne Hachette, je passe à vous, Madame.
Je suis obligé de constater que, malgré la notoriété que l’on vous fit depuis 1608 pour votre exploit placé en 1543, vous avez bien l’air de n’être pas née avant 1608.
Votre père semble avoir été ce fameux Pastorelli qui, pour avoir montré trop de fidélité au tragique comte de Beuil, devait mourir dans un cachot à Turin.
Votre berceau est son « Discorso » ou récit discursif du passé de Nice, qu’il publia en 1608.
Votre état civil, un simple sobriquet : « La femme mal bâtie », maufacia en niçois, malfatta en italien.
Votre père vous a attribué un exploit que vous auriez accompli en 1543, le 15 août, quand les Français et les Turcs essayaient, de prendre Nice.
Voici deux assiégés, deux hommes considérables de ce temps-là : Lambert et Badat.
Ils ont raconté minutieusement, l’un en français, l’autre en niçois, les moindres détails du blocus établi par un Bourbon-Vendôme, le jeune comte d’Enghien, et par un renégat, celui qu’on appelle Barberousse.
Ni Lambert, ni Badat ne parle de vous et du fait d’armes que la tradition ne vous prête que depuis 1608.
Vos croyants sont assez indifférents à ce silence que certains cherchent d’ailleurs à expliquer.
Vos incroyants le jugent capital pour le problème que vous posez.
Même si vous aviez sauvé Nice le 15 août, cela n’eût guère servi, puisqu’elle fut, dès le 22, obligée de se rendre et, le 9 septembre, malgré la capitulation ; incendiée par les vainqueurs.
Le 15 août, écrit Lambert, entre le bastion de la Pairolière et la tour des Cinq Caires, « à savoir qui était formée de cinq angles, autrement dit pentagonale », comme celle du château de Villeneuve-Loubet, les assiégés prennent trois drapeaux turcs et en accrochent un au Château.
Quant à Badat, s’il ne dit pas que des drapeaux aient été pris, il se souvient d’une femme qui porta, ainsi que son mari, des couffins de terre pour réparer les dégâts des remparts. Il ne donne pas leur nom et ne dit pas qu’elle ait accompli un acte extraordinaire.
Passons à trois historiens de ce siècle qui n’ont point parlé de vous et n’avaient pas, eux, figuré parmi les assiégés.
Paul Jove, Jean-Baptiste Adriani, deux Italiens, et Prudence de Sandoval, un Espagnol.
Qu’un drapeau turc ait été pris, ils s’accordent à le dire ; au bastion de la Pairolière, selon le premier.
Que le Turc qui le porta ait été tué, les deux Italiens l’assurent. Pour un drapeau florentin, Adriani dit qu’il fut pris, les deux autres, déchiré ; Adriani ajoute que celui qui le porta fut précipité.
C’est tout, Madame. »
Lettre à Catherine Ségurane (2) a une suite avec la Lettre à Catherine Ségurane (3). Vous pouvez la lire en cliquant ICI.