Guet-apens à Colomars est une histoire qui raconte une mystérieuse agression.
» Dans le village de Colomars, habitait la famille Braquet, composée du père, de la mère et de six enfants.
Le chef de famille, Etienne Braquet, avait épousé, il y a quelques années, une jeune femme du pays. Joséphine Bermond, mère de quatre enfants qu’il reconnut par le mariage.
Depuis lors, deux autres garçons étaient venus consacrer cette union.
L’aîné des fils de Joséphine Bermond, Antoine Braquet, a vingt-et-un ans ; il fait actuellement son service militaire à Villefranche-sur-Mer au 24e bataillon de chasseurs alpins.
Etienne Braquet était un rude travailleur qui, grâce à son labeur opiniâtre, avait pu acquérir quelques terres qu’il faisait, avec les siens, valoir au mieux de ses intérêts.
Mais c’était aussi une « tête brûlée ».
Déserteur pendant la guerre, il fut condamné par la suite, mais bénéficia de l’amnistie et put ainsi aller reprendre sa place au petit village natal, où on ne l’accueillit pas avec grand plaisir, car c’était un querelleur dangereux.
Il portait en effet, toujours sur lui, un rasoir, et on le savait capable de s’en servir à l’occasion.
Dans sa famille, le cultivateur était craint de tous et les disputes étaient fréquentes. Il reprochait assez volontiers aux siens d’être des fainéants et de ne pas se plier, comme lui, aux dures exigences du travail de la terre.
C’est dans cette famille que vient de ne dérouler un drame sur lequel plane encore le plus grand mystère.
Alors que, après avoir passé une partie de la nuit au cabaret, Etienne Braquet, sans doute pris de boisson, regagnait sa maison.
Dans un sentier qui conduit à la ferme, quelqu’un était embusqué qui, à une distance d’une dizaine de mètres, déchargea son arme et prit aussitôt la fuite.
La détonation fut entendue aux environs, mais personne ne s’en soucia. II faisait pleine lune et les braconniers en profitent souvent pour abattre du gibier.
Donc, Etienne Braquet ne fut pas secouru tout de suite. Il se traîna péniblement jusqu’à l’habitation la plus proche, celle de M. Jean Cristini.
Bientôt, ses gémissements furent entendus par le propriétaire qui descendit. Il vit alors Braquet tout couvert de sang et celui-ci lui dit qu’il venait de recevoir un coup de fusil, tiré par son beau-fils Antoine.
Aussitôt la gendarmerie fut avertie et les gendarmes qui vinrent auprès du blessé recueillirent la même déclaration. Sans donner de plus amples détails, Etienne Braquet accusa formellement le fils de sa femme de la tentative de meurtre dont Il venait d’être l’objet.
On le transporta à l’hôpital de Nice où il rendit le dernier soupir.
Devant l’accusation formelle de la victime, on arrêta Antoine Braquet, en ce moment en permission de Noël.
II parut étonné des propos tenus par son beau-père et affirma qu’après avoir passé une partie de la soirée à la buvette où était venu ce dernier. Il en était sorti peu après l’arrivée d’Etienne Braquet pour aller accompagner avec son frère cadet, sa fiancée Mlle Catherine Rolland.
Après quoi il était rentré se coucher.
Cette déclaration a du reste, été confirmée par sa mère et ses frères.
A-t-il pu, après s’être mis au lit, en sortir sans attirer l’attention des siens pour aller accomplir l’horrible forfait dont Il est accusé, ou bien la victime de ce drame mystérieux a-t-elle été le jouet d’une illusion ? «
Guet-apens à Colomars est un texte tiré du journal « Le Petit Parisien » du 28 décembre 1931.