Hyères et son autruche triste

par JMS
Hyères et son autruche triste

Hyères et son autruche triste est un récit qui décrit l’ambiance souffreteuse de la ville qui accueille de nombreux malades.

” Hyères est une petite ville qui, moins encore que Cannes et Menton, pousse les esprits à une folle gaieté. C’est une résidence sérieuse, où l’on ne vient pas pour s’amuser.

Jeu d’ombrelle sur Hyères

Le voyageur n’est pas plutôt arrivé, qu’il déplie aussitôt son ombrelle. On vient là pour le soleil, et le soleil de ce cru a la réputation de guérir tous les maux, à la condition sans doute qu’on ne le laissera pas forcer la dose.

C’est à Hyères, du reste, que sur la côte le jeu de l’ombrelle commence.

A Toulon, dont elle n’est distante que de deux ou trois lieues, le soleil n’est pas le même, et il n’est plus question d’ombrelle.

Les promenades d’Hyères sont mélancoliques.

La place des palmiers, qui est la place principale de l’endroit et possède sept palmiers, dattiers gigantesques qui sont la gloire et l’enseigne du pays, est ornée de bancs de pierre.

Le menton appuyé sur leurs cannes, quelques vieilles gens s’y sont assis, le regard douloureusement triste.

On descend quelques marches, et le long d’un mur abrité de toutes parts, une série de malades, à l’aspect morne et désolé, s’étend sur des bancs, des chaises, échangeant péniblement quelques mots avec les voisins.

Une autruche, rachitique et chauve, erre çà et là d’un air ennuyé, pendant que dans le fond du jardin, quelques petits cris d’enfants, qui jouent avec leurs nourrices et leurs bonnes, rappellent seuls la vie de gaieté et d’avenir.

Une voiture passe de temps en temps, et à travers les vitres fermées on aperçoit comme une apparition quelque figure pâle et blonde qui va faire sur la route des Salines la promenade prescrite par le docteur.

Mélancolie sur Hyères

A cinq heures, plus personne dans les rues de Hyères que les docteurs qui vont de villa en villa, d’hôtel en hôtel, quelques femmes de chambre qui courent chez le pharmacien, et quelques visiteurs venus de Cannes ou de Toulon qui cherchent la diligence de Toulon ou le chemin de fer.

Un casino, établi par esprit d’imitation, n’a pas réussi, on en fait tout simplement un hôtel ; pas de distractions, si ce n’est de temps en temps un petit whist mélancolique ou une timide bouillotte.

Parfois une réception au chalet. C’est l’habitation importante de la ville. Le chalet est situé sur une hauteur, et M. Godillot, qui l’habite, est ravi de temps à autre d’y donner quelque bal ou quelque fête musicale, pour réunir ceux des visiteurs qui ne sont pas trop malades, et se donner à lui-même la distraction que comporte l’endroit.

Les gens de la ville, quoique pourvus de l’avidité, apanage des indigènes des villes à stations d’hiver, paraissent doux et bienveillants. Beaucoup, parmi les plus âgés, s’appliquent à tousser, pour donner ainsi de la confiance à leurs hôtes et leur faire entrevoir une longue vie.

Le pays est charmant, du reste belle vue, beau soleil, température plus égale que celle de Nice et de Cannes.

Les gens malades s’en trouvent bien.

Quant à ceux qui jouissent de la santé, ce qu’ils ont de plus amusant à faire au bout de huit jours, c’est de partir.”

Hyères et son autruche triste est un texte extrait du livre “La comédie de notre temps” de Bertall, publié en 1874-1876.

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