Découverte de Nice est un article qui présente les trois parties de la ville à la fin du XIXème siècle.
» A Nice, on peut peut pas vraiment dire qu’il y a trois villes, mais il y a, en revanche, trois parties bien distinctes.
Il y a tout d’abord la ville maritime autour du port.
Elle tient tout l’Est, est bâtie autour des deux bassins du vieux port de Limpia ; c’est la plus pittoresque et la moins connue des étrangers.
Adossée contre les rochers que couronnent les débris du vieux château et qui la séparent de la vieille ville, elle ne communique avec la nouvelle que par la rue Ségurane d’un côté, et de l’autre par le chemin si pittoresque des Ponchettes, taillé à même le roc d’un cap que le patois expressif du pays a baptisé Raouba-Capeon (Dérobe-Chapeau) à cause du vent qu’il y fait et qui met souvent en péril la coiffure du voyageur.
Vient ensuite le Vieux-Nice qui est un cloaque.
La vieille ville, qui a conservé sa couleur locale, est presque partout incarrossable ; ses rues tortueuses, sombres, étroites, dont la plupart sont si escarpées qu’on ne les gravit qu’au moyen de véritables escaliers , sont presque partout tendues de loques pendantes, qui attendent un rayon de soleil pour pomper leur humidité, et derrière lesquelles on voit des femmes sordides, mais superbes, aux jupes effiloquées, mais aux chevelures qui traînent sur leurs dos en cascades merveilleuses ou qui se relèvent sur leur nuque en torsades opulentes.
Çà et là des enfants nus comme des vers ou déguenillés, et suffisamment ornés de vermine pour ressembler au pouilleux de Murillo, se vautrent dans les flaques de boue avec les chiens et les porcs.
Enfin, il y a la ville nouvelle.
C’est une auberge, auberge élégante, puisqu’elle est l’hôtellerie de toutes les aristocraties : de la naissance, de l’esprit, de la finance el du trottoir.
Une fois traversé le pont des Anges qui enjambe la Paillon, commence la promenade des Anglais, qui va du Jardin public, planté de vrais palmiers, pour se terminer 2 kilomètres plus loin, au torrent du Magnan, et toujours longeant la Méditerranée ; ce sont les Champs-Elysées de Nice.
Là commence la ville nouvelle, qui s’étend jusqu’à la place d’Armes en suivant le Paillon, et qui est coupée en deux parties à peu près égales par une large voie que, par la raison qu’elle vient du chemin de fer, on appelle avenue de la Gare, mais qu’on ferait, nous semble-t-il, beaucoup mieux d’appeler boulevard Masséna, puisqu’elle aboutit à la place où est la statue de cet enfant chéri de la victoire, la gloire et l’orgueil de Nice.
Je dois vous dire que cette vaste étendue n’est pas entièrement construite ; il y a encore bien des terrains vagues. Mais patience ! Paris ne s’est pas fait dans un jour, dit le proverbe; Nice attendra bien quelques années. Chaque jour il s’élève des constructions nouvelles, et un temps viendra; qui n’est pas loin, où toutes les villas qui disparaissent à moitié dans une végétation qui embaume l’atmosphère seront soudées par d’autres villas. »
Découverte de Nice est un texte trouvé dans le « Journal des voyages et des aventures de terre et de mer » du 17 mars 1878.