Récolte à Bordighera est une histoire qui vante l’attrait touristique de ce village de la côte ligure.
» En quittant Vintimille, la première ville qu’on rencontre après avoir franchi la frontière franco-italienne, on traverse la Nervia, et, en déviant un peu à gauche de la grand’ route qui conduit à San-Remo, on pénètre bientôt dans une véritable forêt d’oliviers séculaires, qui s’étend sur une longueur de 4 kilomètres jusqu’au village de Bordighera.
Ce charmant village surgit tout-à-coup couronné de bouquets de palmiers qui se profilent sur le bleu du ciel en aigrettes ondoyantes.
C’est en ce moment que se fait la récolte de ces palmes élégantes qui doivent figurer aux fêtes de Saint-Pierre de Rome.
Les hommes, les pieds armés de crampons de fer, grimpent hardiment, sans échelles ni cordes, aux colonnettes élancées des palmiers, ils entament d’un coup vigoureux de leurs serpe à lame carrée les liens qui retiennent en faisceau les palmes réservées pour la récolte annuelle, puis, les détachant avec précaution du cœur de l’arbre, les font glisser aux mains des femmes qui les lient en bottes et en chargent de longs chariots attelés de bœufs.
Ces palmiers dattiers, dont les fruits sous cette latitude n’arrivent jamais à maturité, constituent pour la population, par le seul produit de leurs tiges, un revenu très important et beaucoup moins aléatoire que celui des oliviers, des orangers et des citronniers.
Un grand nombre de touristes viennent chaque année de Nice, de Monaco, de San-Remo attirés par la physionomie tout exceptionnelle de ce site quasi-tropical.
L’hôtellerie, naguère encore à l’état primitif, commence à s’y développer d’une façon rassurante pour les visiteurs, et nul doute que cette délicieuse oasis de Bordighera ne soit appelée à devenir une des stations les plus favorisées de la côte ligurienne. »
Récolte à Bordighera est un texte trouvé dans le journal « Le Monde illustré » du 5 avril 1873.